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Saint-Ouen privée de majorité municipale ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Convergence citoyenne   
12-12-2009

Suite à la réunion publique houleuse du 19 novembre 2009, Saint-Ouen s'est retrouvé, de fait, sans majorité municipale.

L'élément déclencheur, c'est le retrait de la délégation « développement économique » à Karim Bouamrane, qui a quitté le groupe citoyen, communiste, et républicain pour rejoindre le groupe socialiste. Mais la crise est évidemment plus profonde.

Le départ de Nourredine Sennhadji du groupe CCR a eu moins d'écho, mais n'est pas moins significatif sur le plan politique. Et le coup d'éclat socialiste lors de la réunion du 19 novembre sur les Docks montre que la majorité n'est plus solidaire même de ses engagements et de ses projets les plus ambitieux.

Après le Conseil municipal reporté du 23 novembre, la rumeur veut que celui du 14 décembre soit à nouveau reporté.

Crise ouverte, rabibochage ou recomposition politique ? Les Audoniens, en tout cas, sont tenus soigneusement à l'écart de l'évolution politique de leur Ville.

Le 26 novembre, Mme Rouillon prenait position dans sa lettre Parlons-en !. Pour elle, rien ne saurait justifier la rupture d'une majorité porteuse d'une légitimité électorale. Il n'est pas sûr, cependant, que les élus socialistes soient d'accord. Nombreux sont ceux qui, à gauche, aspirent au contraire à une recomposition profonde – aspiration dont témoigne par exemple le communiqué diffusé par Ensemble pour Saint-Ouen le 25 novembre.

Faute de pouvoir pronostiquer ce qui va suivre, on peut au moins analyser les dynamiques – et esquisser les évolutions les plus conformes à l’intérêt général. Car la crise politique actuelle à Saint-Ouen peut se dénouer de trois façons :

1. Par un « rabibochage ». C’est clairement ce que propose Mme Rouillon à ses alliés sous la forme de la fidélité au programme électoral de 2008, au prix – on l’imagine – de quelques petites concessions de « méthode ». On imagine d’ailleurs aisément quelles pourraient être les concessions : restitution de sa délégation à Karim Bouamrane, création d’un Comité de suivi des engagements à direction socialiste, pause dans la révision du PLU... En échange, il n’y aurait changement ni de programme, ni de leader, ni d’orientation générale.

Est-ce potentiellement acceptable, comme le laisse entendre – non sans ambiguïté calculée – le tract PS / Verts du 28 novembre ? Pour l’électeur, peut-être, à condition que la remise en place de la majorité ne résulte pas exclusivement de tractations opaques et que cela se traduise rapidement par des changements réels pour ce qui est de la concertation démocratique sur les préoccupations prioritaires des Audoniens. Mais on aurait tort de penser que cette crise serait purement circonstancielle ou qu’elle ne tiendrait qu’à des questions de « méthode ». Au contraire, on paie aujourd’hui le prix d’une majorité de bric et de broc, constituée sans cohérence politique – comme d’ailleurs son opposition, ce qui n’est pas pour rien dans l’atonie de la vie démocratique à Saint-Ouen. L’expression « de bric et de broc » peut sembler excessive, voire désobligeante. N’est-ce pas plutôt le reflet d’un sain pluralisme à gauche ? 

Non. Il suffit de prendre un peu de recul pour voir ce qu’a d’étrange cet attelage :

  • d’un Parti communiste à bout de souffle, que nombre de ses dirigeants locaux ont déjà quitté,
  • de « Communistes unitaires » dont on ne sait guère ce qu’ils représentent,
  • d’un Parti socialiste dont l’absence de liste au premier tour n’a pas été comprise par nombre de ses électeurs,
  • de Verts qui jusqu’à peu semblaient peu intéressés par l’écologie,
  • d’un groupuscule mal identifié désormais « repackagé » Parti de Gauche,
  • de représentants de la société civile invisibles ou vite dégoûtés,
  • et enfin de Lutte ouvrière qui, au vu de ses positions politiques nationales, n’a rien à faire dans une majorité municipale alliée au Parti socialiste.

Les électeurs peuvent être indifférents aux détails. Ils peuvent être ignorants des combinaisons ou des complications. Mais ils ont un solide bon sens et ils savent que cette majorité-là n’a pas, et n’a jamais eu, de consistance politique.

2. Par l’implosion définitive de la majorité issue des élections – qui supposerait  à terme l’intervention du Préfet. Qui aurait intérêt à des élections anticipées ? Sans doute personne dans la classe politique audonienne. Mme Rouillon et son « conseiller » M. Bentolila partiraient évidemment battus sans leurs alliés socialistes et verts. Le Parti socialiste pourrait éventuellement tirer son épingle du jeu, mais à condition de pouvoir proposer un contenu politique positif et de parvenir à rallier l’électorat fidèle à la majorité sortante. Dans un contexte de crise, cela paraît difficile, d’autant que les convoitises seraient aiguisées à droite : on pourrait s’attendre, au grand dam de l’opposition sortante, à des parachutages offensifs. Les incohérences politiques de l’actuelle opposition – qui reproduisent en miroir celles de la majorité – ne doivent pas cacher le potentiel électoral considérable qu’offre, pour une droite sociale, sécuritaire et habilement multiculturelle, une ville en mutation comme Saint-Ouen. 

En outre, quoi qu’il en soit d’une éventuelle alternance municipale, Saint-Ouen ne peut attendre. Sur un projet majeur – celui des Docks – une pause serait utile pour qu’une véritable concertation ait lieu. Mais dans une multitude d’autres domaines, l’urgence est d’agir. Des mois de paralysie suivis d’élections de crise, voilà qui ne créerait pas des conditions propices à l’action.

3. Admettons qu’un rabibochage politiquement vide risquerait fort d’offrir Saint-Ouen à la droite parachutée dans 4 ans et qu’une crise non résolue pourrait avoir le même résultat dans 6 mois. Autant dire que la seule vraie perspective est offerte par une véritable recomposition politique. Seule perspective dans l’intérêt général des Audoniens ; seule perspective aussi du point de vue d’une gauche de gouvernement qui a besoin de se réinventer.

En quoi consisterait une telle recomposition des gauches audoniennes et sur quelles bases pourrait-on l’imaginer ? Nos réflexions et propositions seront publiées bientôt.

 

Sur toutes ces questions on consultera également avec profit les réflexions d'Eric Pereira Silva sur le blog d'ID Soigne ta gauche, ainsi que les commentaires qu'elles y ont suscités.

Dernière mise à jour : ( 15-02-2010 )
 
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